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ROMAIN ET NICOLAS DECAMPS, DEUX AMES BIEN NEES



A la racine de l’histoire, il y a le père, Paul-Emile Decamps. ‘’Paulem’’. Passionné d’entre les passionnés. Né à Paris mais dont le nom est implanté au Maroc. Il a pratiqué l’enduro, puis est passé sur quatre roues. En compagnie de son grand ami Michel Gautheron, il acquiert quelques joujoux extra -entre autres une Brabham F3-, participe à toutes les épreuves possibles et imaginables au Maroc. « A l’époque, nous avions déjà quelques petits circuits, ici. Rien à voir avec la France, mais nous nous faisions toutefois plaisir », témoigne Michel Gautheron. Les deux compères ne sont pas dévorés par l’ambition de mener une carrière au sommet ; en vérité l’amour des sports mécaniques, de la vitesse, et de la course, les habite, tout simplement. Ils roulent donc le plus souvent possible, sur le tracé de Casablanca, à bord d’une Fiat 127, tâtent de la course de côte, à l’occasion vont se confronter aux circuits français ou bien encore s’engagent dans des bajas espagnoles. En 1984, Paul-Emile Decamps se lance sérieusement dans les rallyes ; avec sa Visa 1000 Pistes, il  termine 3e au Rallye de l’Atlas en 1987, et remporte le Rallye du Maroc (dernière édition en Championnat du Monde) l’année suivante au volant d’une Opel Manta 400. « Oui, mais devant, il y avait eu de la casse », tempère aujourd’hui Romain, héritier du nom et du talent. « Il ne devait pas y avoir toutes les usines », renchérit, tout aussi modestement, Michel Gautheron. Il n’empêche. Il fallait tout de même le faire !
Les deux fils, mordus de football comme tous les gosses, mais solidement biberonnés aux sports mécaniques par leur père, n’ont pas trop lutté contre le virus qui s’abattait sur eux. Romain l’aîné a toujours aimé conduire. Nicolas le cadet a d’abord accompli une carrière de rugbyman en France, avant de prendre sa retraite de l‘ovalie (Top 14 et Pro D2) en 2017. A présent réunis au Maroc, les deux frères poursuivent ensemble l’histoire que leur père avait si bien commencé à écrire.
 

Interview :
C’est surtout Romain qui parle, mais Nicolas prête une oreille attentive, toujours disposé à compléter une anecdote, préciser une date, ou ajouter une petite information.
« -A quand remonte votre premier engagement dans le Rallye du Maroc Historic ?
-A 2014. J’ai disputé 2014-2015-2016 avec Ludovic Bonnan comme copilote. Et 2018-2019 avec Nicolas. Quand il est rentré de Bordeaux avec sa famille, mon frère, qui n’avait jamais fait de rallye, m’a dit : ‘’j’ai envie de courir le Maroc Historic avec toi.’’
 
-En 2017, vous étiez absent ?
-Le Maroc Historic jalonne l’histoire de notre famille. Mon grand-père est mort une semaine avant le rallye en 2013. Et mon père, trois semaines après le rallye en 2017. A quatre ans d’intervalle, pile. Nous n’étions pas sur l’édition 2013, comme vous pouvez vous en douter. Mais je peux vous dire que le Maroc Historic, nous l’avons suivi depuis le début, en 2010. Notre père courait. On a d’abord suivi quelques spéciales autour de Casa la première année. Et à partir de 2011, on était sur la course du début à la fin. Sur toutes les spéciales pour les voir passer, Michel Gautheron et lui. Et pour assurer l’assistance alimentaire !
 
-Vous avez donc couru en même temps que votre père, vous, Romain ?
-Oui, mais en 2016, le pauvre était déjà malade. Il avait retrouvé sa Manta 400. Moi, j’avais son Escort MkII 2 litres. Mon père a dû renoncer au bout de deux spéciales. Il était épuisé. Il se battait contre son cancer. L’année suivante, il était guéri, mais il a attrapé un méchant virus qui lui attaquait le cerveau. En trois mois, c’était fini. Il n’avait que 68 ans.
 
-Racontez-nous un peu comment votre père vous a transmis sa passion, à tous les deux ?
-C’est bien simple, il nous a mis très tôt au kart et à la moto. Le Maroc a eu sa première piste de kart en 1992. Nous avions 10 et 12 ans mon frère et moi, et nous en sommes devenus des adeptes. Il faut dire qu’à la base, j’ai toujours aimé conduire. Et en plus j’ai un tempérament de compétiteur. J’aime la course auto. Et j’aime la glisse des rallyes terre. Sur les conseils d’Yves Loubet, juste avant de me lancer dans le Maroc Historic, j’étais allé m’entraîner sur la glace, en Laponie. Yves m’avait dit : ‘’une fois que tu connais la glace, la terre te paraîtra facile’’. Et c’était vrai. Je crois que pour moi, la glisse est quelque chose d’instinctif.
 
-Quelle a été votre première voiture pour le Maroc Historic ?
-Une petite BMW 325i, que j’ai fait construire à Rabat par Dominique Marciano. Je crois bien que sur toutes les éditions du Maroc Historic, il n’y en a pas eu d’autres qu’elle -jusqu’à présent- entièrement fabriquées au Maroc. Mon père m’avait prévenu : ‘’si tu l’achètes en France, ce sera bien plus cher. Essaie d’en trouver une ici ». Et de fait, je l’ai trouvée pas très loin. C’était une voiture qui roulait en ville. Il a donc fallu tout démonter et remonter en version course. On a fait venir un moteur 170 ch de France. Dominique a tout fait de A à Z. Elle était préparée à la perfection.
 
-Quels sont vos grands souvenirs ?
-Il y en a tant ! 2016 a été un très bon rallye pour nous avec l’Escort. On jouait la 3e place quand on a connu un ennui technique. J’ai signé un temps scratch, mon tout premier, et j’était super heureux. Mon père aussi. Un autre très grand souvenir, c’est lorsque Nico m’a rejoint, en 2018. Il était totalement néophyte. On a fait une reco, histoire de le mettre à l’aise ; je voulais qu’il soit cool. Et tout de suite, il a été bien ! Comme s’il avait toujours fait ça. Nous y sommes allés avec l’Escort de notre père. Dans la première spéciale, on décroche le 2e temps, juste derrière Oreille ! Ok, c’est un coin que je connais un peu. Toujours est-il qu’en fin de journée, on était 3e.
Nous étions toujours dans le Top 3 ou Top 4. Nous nous battions pour la 3e place avec Ghislain de Mevius et Perez Campan. Mais on est sorti, à côté de Ben Gueri. On s’est mal compris avec Nico, je suis rentré à fond dans un virage très serré et j’ai plié la voiture. Nous nous en sommes sortis sans bobo… Si ce n’est une grande douleur au cœur parce que c’était la voiture de notre père. Je l’ai vendue à mon préparateur, Manu Cauchy -lui qui avait retapé cette Escort- avec l’espoir qu’il puisse récupérer des pièces.
 
-Et en 2019 ?
Je repars avec une Escort faite par Cauchy. Le premier jour on est 3e au général, le 2e jour on fait le 4e temps dans la 1ère spéciale, et dans la deuxième, le pont commence à faire du bruit. On termine au ralenti, et le pont lâche à la fin de la spéciale. On était 2e au général à ce moment-là. Et on est partis en rallye 2, avec un tout petit problème moteur qui ne nous a pas empêchés de faire le scratch dans la dernière spéciale du rallye. Oreille avait 3-4 minutes d’avance. C’était très serré. Derrière, les autres assuraient. Moi je n’avais rien à perdre et nous avons attaqué comme des malades dans la dernière spéciale. Un deuxième scratch pour moi, et le premier pour mon frère. Nous étions les rois du monde !!!
 
-Cette année, à quoi pouvons-nous nous attendre ? Vous êtes parmi les favoris ?
-Non, je suis un outsider. Je fais partie de ceux qui n’avancent pas trop mal. Mais n’oubliez pas les vrais favoris, Oreille, de Mevius, Deveza. Et cette année, nous serons sur la Manta 400 de notre père, préparée nickel, pièces usinées et tout ce qu’il faut pour qu’elle soit solide et marche bien. Je fonde de gros espoirs, car jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pu terminer sans connaître un pépin mécanique. Pour 2021, j’ai aussi attiré un de mes bons copains qui va en surprendre plus d’un : Louis Baudrand, un kartman. Un vrai-vrai passionné de pilotage. Et il sera sur une très belle Escort de Manu.
 

ROMAIN ET NICOLAS DECAMPS,  DEUX AMES BIEN NEES
-Quels arguments déployez-vous pour convaincre des amateurs éclairés de venir disputer le Maroc Historic ?
-Je leur dis que c’est un rallye d’Yves Loubet. C’est mon argument massue. En plus du parcours extraordinaire, je mets en avant le côté convivial. Et ça m’est d’autant facile que j’ai connu d’autres épreuves où l’animosité, la mauvaise foi régnaient et ce n’était pas toujours sain. C’est tout l’inverse avec Yves. Il y a de la solidarité, de l’entraide, une ambiance extraordinaire, tout le monde se connaît et partage le même bon esprit.
 
-Il y a pas mal de pilotes locaux de valeur, n’est-ce pas ?
-Bien sûr ! Marc La Caze, un ami de mon père, 3e en 2016. Patrick Borne, 3e en 2019 sur Mazda RX7 ; Bruno Igounenc, un Français du Maroc qui a fait beaucoup de circuit. Il a couru son premier Maroc Historic en 2013 avec une Porsche 911, et il est littéralement tombé amoureux du rallye. Il faut dire que le rallye, quand on fait une erreur, on en assume la faute. C’est nous et personne d’autre. On se bat contre soi, avec le chronomètre comme juge de paix. Khalid Kabbaj, quant à lui, est le seul pilote marocain, avec son Escort. Il fait partie de notre team Europ Historacing Car.
 
-Que pensez-vous du nouveau règlement d’Yves Loubet, avec son système simplifié de regroupement par générations ?
-Et trois classements, donc trois vainqueurs possibles. C’est parfaitement bien vu et ça répond à une logique. Même ceux qui se présentent avec une voiture ancienne, type SM ou Manta, vont se sentir concernés par la course. Je suis complètement en phase avec le choix d’Yves. »
 
MICHEL GAUTHERON RACONTE
Michel, c’est l’ami fidèle, d’une amitié indestructible. « Notre deuxième papa » disent de lui les frères Decamps. A 79 ans, il les suit toujours sur les rallyes historiques. « Mais vous ne lui donneriez jamais son âge, précise Romain Decamps. Il paraît quinze ans de moins ! » L’intéressé tient un discours au diapason : « Romain et Nicolas sont comme mes propres enfants ». C’est pourquoi il est devenu bien volontiers leur ‘’team manager ‘’. « De la veille du départ jusqu’à l’arrivée, je ne les lâche pas. Je vais les voir dans les spéciales. Je les récupère à l’hôtel pour les accompagner au départ. Vous savez, j’ai vécu de si grands moments avec leur père… » Tel cet engagement avec une Opel Manta 400 louée en Belgique. « La voiture est arrivée juste la veille du départ. On a tourné juste un petit peu, histoire de ne pas être complètement pris au dépourvu le lendemain. Mais c’était l’aventure et nous aimions cela. »
Leur victoire en 1988, pour le dernier Rallye du Maroc en Championnat du Monde, fut un des moments les plus forts de leur parcours commun. « Vous rendez-vous compte ? Au Maroc, on disputait un rallye par an. Et quand on avait l’occasion de savourer le goût de la victoire à l’arrivée, c’était au-delà de tout ce qu’on peut imaginer ! »
Les Marocains aiment la course automobile, ais les grands événements sont si rares que chacun est une fête. Une véritable fête. Un grand bonheur partagé. « Et la terre, notre terre, c’est si merveilleux pour rouler. Tellement plaisant, doux et fort à la fois. Avec les deux roues motrices, la glisse est quelque chose d’incomparable. »
Michel Gautheron voue une reconnaissante infinie à Yves Loubet pour avoir ressuscité le rallye du Maroc dans sa version historique. « Yves se donne un mal fou pour notre plaisir à tous. Nous lui devons notre fidélité et notre aide. »
 
 

Mercredi 27 Octobre 2021
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